Je ne suis qu'un homme comme les autres, ni plus ni moins, ni pire ni mieux.

Fondu dans la masse, je suis comme tout le monde et j'en veux au monde. Car comme tout le monde, j'aimerais être riche, voir mon nom sur les affiches. Comme tout le monde, je rêve d'argent et de célébrité, de gloire et de succès. Désirs inaccessibles, irréalistes, sans accès, impossibles, je reste réaliste. Je ne suis qu'un gars ordinaire sans don, ni talent extraordinaire. Je suis un homme moyen ni plus ni moins. Rien qu'un anonyme, un petit terrien, dans la foule qui me happe, m'appelle, et me rappelle que je ne suis rien. Mais la vie de rêve, la villa de rêve, la voiture de rêve, la femme de rêve, je n'en veux pas qu'en rêve. Alors, comme tout le monde, je paye mon surplus d'impôts, une fois par semaine je joue au loto, j'espère le million, mais comme tout le monde, ce que j'y gagne c'est la frustration.

Quand je marche dans la rue je ne souris pas aux inconnus. Le regard droit, j'avance fier comme un roi. Le monde m'ignore comme un chien et je le lui rend bien. Je fais abstraction, moi aussi j'ignore à la perfection. Quoi qu'il arrive, je ne m'arrêterai pas, allure vive, je ne ralentirai pas le pas. Les yeux grand ouverts, je ne vois pas. Ceux qui dorment par terre, ils n'existent pas. Enfant de mon époque, plus rien ne me choque. Individualiste et fataliste, non je n'aiderai pas ceux qui s'enlisent. Comme tout le monde, “marche ou crève” est ma devise.

Comme tout le monde, j'ai ma télé, mon frigo, mon auto. Comme tout le monde, chaque jour je vais au boulot, pour me payer à bouffer, pour payer le loyer, pour toutes ces factures dont il faut s'acquitter, ou simplement pour gagner l'argent nécessaire pour aller bosser. Mais aussi pour mon plaisir personnel, car oui je m'épanouis dans la satisfaction matérielle. Comme tout le monde, j'achète, j'achète, j'achète. Ça m'aide à oublier, que je passe l'année à attendre les congés et ma vie à attendre la retraite. Car comme tout le monde, je travaille 6 jour sur 7.

C'est frustrant alors parfois je craque, l'esprit brûlant, ça sent les claques. Épuisé par une journée harassante, de retour du boulot, je rêverais d'un peu de repos. Mais plutôt que la détente, voilà le fiston, ses sollicitations incessantes et ses demandes d'affection. La tension me traverse, la patience s'affaisse, la voix d'un ton s'élève et sur mon enfant la main je lève. Je craque, je frappe, il crie, gémit et me supplie. Avec virulence je le réduis au silence. Et oui comme tout le monde, j'ai des excès de violence…

Comme tout le monde, je n'aime pas la guerre, je suis pacifiste. Je suis pas raciste mais j'ai horreur des parasites, c'est ma tendance nationaliste. Comme tout le monde, je vois le JT. Ça me fait cogiter. Les étrangers me font peur. Chez eux y'a des voleurs, des tueurs, des violeurs. Bon y'en a quand même des bien intégrés, alors quand même on va pas tous les tuer, mais en moi, comme chez tout le monde, il y a un peu de haine alors oui je vote FN.

Quand la dictature sera aux portes des urnes avec entrain ou taciturne, peu importe… Comme tout le monde j'irai voter, faire mon devoir de citoyen, le vote utile ça me connait, m'abstenir y'a pas moyen. Et si le front s'empare de la France, puisque, comme tout le monde, je suis un bourreau en puissance, je collaborerai, je participerai. Par amour du pouvoir, de l'obéissance, comme tout le monde je dénoncerai, j'enfermerai et je tuerai. 

Nioms