Quand j'ai sous les yeux tous ceux qui semblent sensibles à l'injustice et l'iniquité, parfois je vois l'espoir s'envoler, je perds pied et vois l'obscurité s'avancer. Parfois je ne crois plus en nous, je nous vois impuissants, trop peu, si peu nombreux, et lançant des coups d'épée dans l'eau. Je vois un libre-penseur pour dix moutons, un indigné pour dix libre-penseurs et un révolté pour dix indignés. Chez ces derniers, je décompte le nombre de prisonniers, enfermés dans des cachots ou des H-P pour avoir voulu se battre ou s'échapper, décompte le nombre de manipulés, oppresseurs en puissance, répondant d'un drapeau porté par un chef qu'ils aimeraient asseoir sur un trône, prends en compte les divergences chez les révoltés restant et vois comme nous sommes décimés : Quelques poignées d'opposants déterminés face à un géant bien organisé, soutenu par des milliers, des millions de sujets qui réalisent leur tache chaque jour et sans y penser, participent à imposer la suprématie de l'ordre mondial contre quelques billets. A chacun son activité insignifiante, infime partie d'un horrible tout faisant des millions d'affamés. Bien obligés de marcher pour ne pas crever ou plutôt pour rester parmi les privilégiés, s'il leur était demandé, assurément ils prendraient les armes pour défendre la paix ou plutôt celui qui les paie. Sans sourciller ils nous tueraient, peu importe qu'on soit pacifiste parce qu'on aura été nommé terroriste, parasite, dangereux rebelle, propagateur de propos subversifs, menace pour l'ordre établi et pour tous ceux à qui il profite, assis sur leur montagne de profits. Ces soldats sont inconscients de l'être alors je sens notre ennemi inébranlable, intouchable, et plutôt flou. Il se fait impersonnel, omniscient, se glisse partout. Je sens qu'il se joue de nous, qu'il se fout de nous, parfois même qu'il est parmi nous. Il n'a pas de nom, il en a des milliers, nommons-le ennemi de l'Humanité.

Mais je me souviens qu'en situation d'asphyxie sociale, il y a ceux qui se laissent étouffer, sans même avoir conscience de ce qui leur arrive; il y a ceux qui avec lucidité négocient des bouffées d'oxygène, cherchant avec réalisme à améliorer leur sort et échapper à la mort; et il y a ceux qui refusent leur condition toute entière, n'acceptant pas de troquer leurs idéaux, leur besoin d'air, ils poussent les murs immenses qui les oppressent. Ces derniers, essoufflés, pourraient bien être les premiers à mourir, mais au moins ils mourraient libres. Accrochés à ce qu'ils veulent mais aussi à ce qu'ils sont, ils se préfèrent souffrant en s'opposant à l'inacceptable que bien portant en s'en accommodant. Mais peut-être, peut-être, s'ils sont assez nombreux à pousser, sans répit, persuadés de leur force, ou du moins de la force de leurs convictions, alors peut-être feront-ils céder les murs. N'ayant que faire des miettes qu'ils pourraient gagner en jouant le jeu sociétal, alors que celui-ci est biaisé depuis bien longtemps, ils se battront pour faire tomber le jeu.
La question n'est pas de savoir si cela est possible, si l'on peut réellement faire tomber des murs si bien gardés. Ce qui est possible ou non pour ce jeu varie avec les époques, aujourd'hui était impossible hier. Alors ils se battront pour que demain avance vers l'impossible. Tout ne dépend que de nous, de notre détermination et de la force de nos convictions. Je nous sais capables d'avancer vers l'inimaginable. Nous irons au-delà de notre désespoir car nous n'espérons aucune victoire et pourtant nous continuons d'avancer en quête d'espoir. J'en appelle à tous ceux qui n'ont pas cru à l'ignoble « There Is No Alternative » qu'on a voulu encrer dans nos crânes, à tous ceux qui, en eux même, sentent que leur humanité se fait violer, que l'humanité tout entière se fait violer, qu'on la prostitue, qu'on la séquestre, qu'on la torture, à tous ceux qui ont compris qu'on nous a dépossédé de nos vies, que l'alternative n'est pas une possibilité mais une urgence. Le choix qui s'offre à nous est simple : Accepter ou se lever. Les coupables préparent leur propre fin en ne semant que misère et inégalité. Aidons-les à tomber, ils sont nombreux, préparons leur procès. Ils nous ont enfermés sans chaîne ni arme mais en usant de la violence symbolique et économique, j'espère donc qu'on saura se libérer sans haine ni arme, sinon nous construirions alors notre échec plus que notre libération.

Nioms