Petit poisson aime son bocal. A l'intérieur il tourne en rond, persuadé que la mort est à ses trousses. Il l'apprécie sa petite prison tant elle est sécurisante. Il s'y attache, une laisse au cou pour ne pas trop s'en éloigner, un peu comme une corde pour ne pas trop respirer.
Petit poisson aime l'euphorie précédant l'asphyxie, refuse la vie pour vivre plus longtemps, raisonne pour s'enfermer dans l'absurde et la folie. Petit poisson se plaît ici, loin de l'océan où il pourrait se faire dévorer. Il préfère la monotonie à l'imprévu, la durée à l'intensité. Petit poisson ne le sait pas mais il meurt à petit feu, à petit flot. Son cœur vacille mais ne palpite plus vraiment, trop habitué à son quotidien, plus rien ne l'anime, plus rien ne l'étonne.
Il devrait partir avant de devenir objet du décors de son bocal mais se figure que c'est impossible. Ce que Petit poisson ne sait pas c'est qu'il se trouve dans l'océan. Pas de bocal, il n'a jamais été enfermé, contrairement à d'autres sa prison n'existe que dans les méandres de ses pensées. Pour sortir il lui suffirait de nager mais inconscient de sa chance il s'est enfermé et peine à retrouver la clef. Il attend mais ne devrait pas.
On peut passer sa vie à l'attendre mais la vie, elle, n'attend pas. Elle s'enfuit. Un peu comme la liberté, enfermée, elle disparaît.
Nioms



On en parle au terrier