À la suite du mouvement social de mai 68, de grandes réformes touchent les universités pour construire le système que l'on connaît désormais. C'est ainsi qu'en 1969, suite à la mise en place de la loi Faure, l'Université Paul Sabatier naissait, par la fusion des Facultés de Médecine, de Pharmacie et des Sciences de feu l'Université de Toulouse.

Depuis, les universités se sont structurées, d'abord en Unités d'Enseignement et de Recherche, puis (loi Savary de 84) en Unités de Formation et de Recherche. Dans la lignée des lois Faure et Savary, l'objectif est d'avoir une recherche et un enseignement liés au plus près, notamment grâce à la double casquette des enseignants-chercheurs.

Mais l'UPS a compris que revenir sur les acquis de 68, c'était dans l'air du temps, et a préparé depuis plusieurs mois et dans le plus grand secret un important changement interne : le remplacement des UFR scientifiques (MIG, PCA et SVT) par une nouvelle « Faculté des Sciences et d'Ingénierie ». Rejoignant les Facultés de Médecine et de Pharmacie, qui malgré leur statut légal d'UFR avait conservé le « faculté » nostalgique, et en renommant le dernier UFR restant, STAPS, en « Faculté des Sciences du Sport et du Mouvement Humain », la boucle est bouclée, retour en 1950…

D'ailleurs, l'un des grands changement des lois Faure et Savary avait été la (tentative de) mise en place d'une démocratie universitaire : création de nouveaux conseils, et sièges pour les étudiants. Si la loi relative aux Libertés et Responsabilités des Universités (2007) avait déjà amorcé un grand retour en arrière à ce niveau dans les conseils centraux, voilà qu'on embraye dans la même direction au niveau de la « FSI » : une structure qui chapeautera bien plus de monde que les UFR actuels, mais où la représentation des étudiants sera bien moindre : 6 pour 40 sièges contre 5 pour 30 siège dans l'actuel UFR MIG.

Outre les UFR actuels, la FSI aura sous sa coupe « UPSSITECH », la future école d'ingénieur qui va prendre naissance à l'UPS. Si la mission d'apporter le savoir à tous est certes bien noble, ça ne compte pas beaucoup en points d'excellence. Autant transformer certaines filières IUP actuelles (les « meilleures », évidemment) en filières d'école d'ingénieur : à la clef plus de prestige, certes, mais surtout plus de sélection (recrutement en sortie de classes prépas, et surtout… des frais d'inscription supérieurs aux filières universitaire traditionnelles), et toujours plus d'élitisme, entre les filières d'excellence, et celles pour le commun des mortels (les « non-excellents » ?… ou simplement les pauvres).

La présidence de l'UPS veut mettre en place sa réforme au pas de charge, pour qu'elle soit opérationnelle à la rentrée 2011, non sans inquiéter les personnels, dont tous les postes vont être chamboulés sans concertation, avec probablement des suppressions à la clef. Pour l'instant, le vote au CA des statuts de la FSI est bloqué par le boycott des syndicats, dans le but d'avoir un vrai débat sur ce que doit être le fonctionnement de l'Université.

Avec en parallèle une réforme de l'organisation des laboratoires de recherches (structurés en « Pôles » et en « Axes », au lieu… des UFR), on peut craindre une séparation accrue entre la recherche et l'enseignement… comme le laissait présager la LRU, qui mettait en place des mécanismes pour que les « excellents » chercheurs arrête l'enseignement, tandis que les autres… devraient arrêter la recherche ?

À quand des facultés où ne restent que des licences pro avec des profs qui n'ont jamais mis les pieds dans un labo, dans le seul but de rendre la classe ouvrière un peu plus productive, tandis qu'on élève à côté l'élite de la nation à l'UPSSITECH, où l'on côtoiera peut-être quelques chercheurs… s'ils ne restent pas enfermés dans leurs labos, là-bas au loin ?…

Certains à l'UPS en rêvaient, la LRU le leur a permis. Dites au-revoir à 68, c'est fini.

Florian