On en parle plus que sou­vent dans les milieux mili­tants, alors voici ce qu’on pour­rait tirer d’un bref « brains­tor­ming » sur la révo­lu­tion sociale espa­gnole de 1936 :

Tout d’abord il faut voir que si en France on l’appelle aisé­ment « révo­lu­tion (espa­gnole) de 1936 », l’emploi de cette déno­mi­na­tion pour­rait don­ner lieu à un débat pro­longé en pré­sence d’un public espa­gnol. La rai­son est assez sim­ple: cette for­mule admet pour équi­va­lents lin­guis­ti­ques « révo­lu­tion fran­çaise » ou encore « révo­lu­tion russe » ; or his­to­ri­que­ment par­lant cette équi­va­lence nous plonge direc­te­ment au cœur du débat – plu­tôt cara­biné – qui a porté le lapin à fouiller un peu le sujet qui nous inté­resse…

Com­men­çons par ce qui ferait plu­tôt con­sen­sus : après  le coup d’état mili­taire du 17 juillet 1936, l’Espa­gne se trou­vant en situa­tion de grève géné­rale et de sou­lè­ve­ments armés, des struc­tu­res admi­nis­tra­ti­ves ont vu le jour en marge de l’État. Des assem­blées de quar­tier déci­sion­nel­les se sont mises en pla­ces, sans oublier la créa­tion d’asso­cia­tions cul­tu­rel­les et de mili­ces popu­lai­res. En outre, les moyens de pro­duc­tions ont été très majo­ri­tai­re­ment col­lec­ti­vi­sés, et l’argent par­fois aboli.

Cepen­dant, si de tel­les mesu­res sont indé­nia­bles dans le nord de l’Espa­gne ainsi qu’en Anda­lou­sie, pre­miè­re­ment elles n’ont pas connu la même ampleur par­tout, et ailleurs elles ont par­fois été inexis­tan­tes. Hor­mis la varia­tion des chif­fres, c’est l’ini­tia­tive de cette révo­lu­tion de faits qui enflamme les débats por­tant sur le sujet. On ne peut nier le rôle pri­mor­dial de l’anar­cho-syn­di­ca­lisme dans cette révo­lu­tion ; mais la part à accor­der aux autres syn­di­cats peut chan­ger du tout au tout selon les inter­lo­cu­teurs en pré­sence. De la même façon, cer­tains insis­te­ront sur l’impor­tance fon­da­men­tale de la guerre civile et des pres­sions socia­les pour expli­quer les faits, rédui­sant ainsi l’aspect idéo­lo­gi­que de la situa­tion.

Autre sujet de débat, et pas des moin­dres, con­siste en l’attri­bu­tion de la vio­lence poli­ti­que, exces­si­ve­ment pres­sante durant cette période. D’aucuns disent qu’il s’agit d’actes indi­vi­duels, d’autres rejet­tent la faute sur les anar­chis­tes_; quoi qu’il en soit, ce qui est cer­tain c’est que cette vio­lence a stig­ma­tisé la figu­ra­tion de ces der­niers durant un temps cer­tain. Pour finir ce compte-rendu, bien loin d’être exhaus­tif puisqu’il cher­che avant tout à éta­blir les pro­blé­ma­ti­ques en jeu dans l’inter­pré­ta­tion his­to­ri­que de l’expé­rience espa­gnole de 1936, reste à cons­ta­ter qu’à force de répres­sion et d’accords pas­sés avec le PCE par exem­ple, qui con­si­dé­rait que les ini­tia­ti­ves décri­tes étaient mal venues à l’épo­que, l’État a fini par venir à bout de cette révo­lu­tion.

MZ