Samedi 12 décembre à 2h30 du matin : arrivée à Copenhague après 30h de train. Avec plus de 800 manifestants venus de France, Belgique, Hollande ou Angleterre, j’arrive dans la capitale danoise avec la délégation de Solidaires, pour participer au contre-sommet sur le climat.
La manifestation du samedi après-midi a réuni cent mille personnes, de tous les pays, tant des militants politiques et syndicaux que des membres d’ONG, ou encore des danois venus en famille. Pourquoi ? Pour réclamer de véritables objectifs de réduction d’émission de gaz à effet de serre, l’arrêt des mesures financières proposées comme fausses solutions, ainsi qu’une justice climatique et sociale pour les pays pauvres. Si cette manifestation a été un succès en terme de participation, les dirigeants réunis pour la conférence de l’ONU ont montré dans les jours qui ont suivi qu’il y avait bien des raisons de s’inquiéter…
Car les enjeux étaient majeurs. La 15ème Conference of the Parties (COP15) qui avait lieu à Copenhague avait pour but de trouver un accord qui prendrait la suite du protocole de Kyoto (qui s’arrête en 2012), pour atteindre l’objectif de ne pas dépasser 2° d’augmentation de la température globale de la planète par rapport à 1990 (température à partir de laquelle, d’après le GIEC, le réchauffement climatique aurait des conséquences dramatiques). Le protocole de Kyoto, si ses objectifs étaient largement trop faibles, était contraignant pour les pays riches. Avoir un accord ambitieux pour prendre sa suite était nécessaire, le GIEC estimant que nous n’avons que 10 ans de marge de manœuvre.
Mais les pays du Nord ne sont pas venus à Copenhague avec cette intention. S’ils se précipitent sur la scène climatique, c’est avant tout pour mettre en place et développer les mécanismes de capitalisme vert : échanges de quotas de carbones (dont il existe une bourse au niveau européen), investissements dans les pays en voie de développement contre des quotas, ou permis de déforestation. Alors qu’une réduction drastique des gaz à effet de serre est nécessaire, ces mécanismes sont purement financiers, et ne permettent pas une réelle réduction des émissions.
Les pays du Sud ont dénoncé ce système, et demandent à la place un accord international dans la suite du protocole de Kyoto, contraignant pour les pays du Nord, et comprenant de réels objectifs.
Les réponses n’ont pas été à la hauteur des enjeux. Non seulement les objectifs annoncés sont insuffisants (le GIEC estime qu’il faut une réduction de 40% des émissions de gaz à effet de serre par rapport à 1990 pour rester en dessous des 2° ; les pays européens annoncent 20 à 30%, les États-Unis 17%… par rapport à 2005, ce qui correspond à 3% par rapport à 1990, et enfin la Chine annonce une réduction des émissions par rapport à sa croissance… ce qui signifie que les émissions vont continuer à augmenter, mais moins que la croissance chinoise), mais en plus, au lieu d’un accord contraignant envers les pays riches, ces derniers ont rédigé en secret une déclaration de principe. Celle-ci reconnaît l’objectif des 2°, mais invite seulement les pays à annoncer leurs objectifs en terme de réduction des gaz à effet de serre, et à s’y tenir. Les pays riches ont ensuite demandé aux pays pauvres de signer le texte, dévoilé au dernier moment. Ceux-ci, lors de l’assemblée plénière de la conférence, ont refusé de signer un texte aussi vide de sens, et en ont seulement pris acte.
Copenhague est un échec, une souris. Certes, mais après ? Il s’agit de l’aveu des pays du Nord de ne pas vouloir prendre en compte le réchauffement climatique, si ce n’est pour mettre en place des mécanismes financiers. Sauf que l’urgence, c’est maintenant. Copenhague et la mort du protocole de Kyoto annoncent un réchauffement de plus de 2°, avec les catastrophes climatiques et sociales qui en découlent. Copenhague, c’est le moment où les pays du Nord ont pris l’engagement de ne pas aider les pays pauvres, et de continuer à être responsable de la catastrophe climatique.
Florian

On en parle au terrier