Les sept ans de guerre et d'occupation menés par l'OTAN en Afghanistan ont aggravé la situation d'une population en guerre depuis plus de trente ans. Rien qu'à regarder les rares infos qui passent dans les grands médias, ça fait peur : des meurtres quotidiens par les soldats de l'OTAN (ben oui, ce sont bien des meurtres), des attentats réguliers, des élections truquées... et en plus on expulse ceux qui ont fuit cette situation... Il ne s'agit pas d'une « guerre libératrice », cette guerre doit prendre fin, et ça passe par le retrait des troupes étrangères.

Oui, se retirer, par principe d'abord : de quel droit sommes-nous présents sur place ? De quel droit décidons-nous de ce qui est bon pour le peuple afghan, de quel droit lui enlevons-nous son droit à décider, à se battre, à se libérer..?

Mais si au moins la présence des troupes aidait la population on pourrait s'affranchir des positions de principe, ou si au moins leur intention était d'aider la population, de soutenir la « démocratie », de défendre « le droit des femmes »...

En fait, la présence des troupes n'a pas apporté la démocratie... Sauf peut-être si on appelle démocratie un système électoral qui permet un unique vote, truqué qui plus est, dans lequel le seul opposant se retire avant la fin, et dans lequel le gagnant, Hamid Karzaï, avait été installé auparavant par l'occupant... Un système dans lequel toute forme de résistance sociale à l'occupation, quelle qu'en soit l'origine ou l'objectif, est systématiquement qualifiée de terroriste et d'intégriste... Parce que le monde n'est pas aussi simple qu'ils le prétendent, aucune démocratie n'a été ou ne sera installée à coup de bombes ou par la présence de chars...

Quant au droit des femmes, le chaos provoqué par la guerre a surtout créé l'impunité. Et puis leur premier droit doit être le droit à l'autodétermination, celui de bonnes infrastructures d'eau, d'électricité, de soin, ce dont elles sont privées par la guerre (comme les hommes) dans une bonne partie du pays.

Certains diraient : « Bon, ok, il faut arrêter la guerre... mais on peut pas foutre le bordel et s'en aller, il faut prendre le temps d'installer la sécurité, la relance économique, le calme... », et s'opposeraient à un retrait immédiat. Ce discours paraît raisonnable mais il est, malheureusement, erroné.

D'abord parce que la présence des troupes est précisément ce qui empêche le calme de s'installer, et ce qui entrave la reconstruction économique... Si leur retrait immédiat n'arrange pas forcément les choses, leur présence les empire, or s'il est difficile d'éteindre un incendie il ne sert à rien pour autant de l'arroser d'essence...

Leur présence empire les choses, et la raison en est que les troupes de l'OTAN défendent l'intérêt de ceux qui les envoient, et non l'intérêt de ceux qui les reçoivent. Le même argument revient concernant le fait qu'on ait cette dette envers le peuple afghan. C'est vrai, les dégâts sont considérables et la dette des gouvernements de l'OTAN envers la population est énorme. Il nous faudra rembourser cette dette, mais peut-on faire confiance à ces derniers pour s'en acquitter par leur présence? Est-ce qu'ils préparent le « calme » ? Autrement dit quel est ce « calme » auquel ces gouvernements aspirent ?

En fait ils veulent un calme sous leur contrôle. Ils ne prévoient de libérer l'Afghanistan que lorsqu'un gouvernement collaborateur, comme celui de Karzaï, sera bien installé, lorsque leurs intérêts seront défendus par d'autres, localement. C'est à dire lorsqu'ils auront gagné la guerre.

C'est pour cela que le retrait immédiat des troupes est impératif, toute autre solution ne serait que le prolongement de l'ingérence occidentale, et permettrait aux fauteurs de guerre d'envisager d'autres attaques pour une nouvelle expansion d'influence, au grand dam des populations Iraniennes, Coréennes ou Sud-Américaines...

Collectif « la guerre tue »

Débat avec le Lapin Blanc : mercredi 10 février à 18h, Chez Paul