Ce numéro du Lapin Blanc est le premier à être publié sous une licence libre. Qu’est-ce que cela veut dire ?
Nous avons un point commun avec Wikipédia, les cartes OpenStreetMap ou encore les logiciels comme Mozilla Firefox ou OpenOffice.org. Notre journal est libre, c’est à dire que n’importe qui peut le lire, le diffuser, ou réutiliser son contenu. Nous avons choisi de ne pas restreindre les usages qui peuvent en être fait, mais au contraire de contribuer (modestement) à cet ensemble d’œuvres et de savoirs appartenant à tout le monde, ce bien commun de l’humanité que l’on nomme « culture libre ».
Les savoirs, connaissances et œuvres artistiques sont à la frontière des œuvres publiques que tout le monde peut s’approprier et des biens marchands qui font au contraire l’objet de commerce, et pour lesquels il est nécessaire de restreindre leur diffusion, afin de leur fixer un prix.
Le débat entre ces deux modèles existe de longue date, et a été à l’origine des lois sur le droit d’auteur, qui tentent de faire la part des choses entre domaine public et monopole de l’auteur sur son œuvre. De même, actuellement au sein des universités, ce débat est directement en rapport avec les réformes actuelles, qui remettent en cause la mission traditionnelle de l’université – diffuser universellement le savoir de l’humanité – avec comme volonté de le rendre marchand.
Mais c’est dans le domaine de l’informatique qu’il a pris une autre tournure. Alors que dans les débuts de l’informatique les œuvres logicielles étaient toutes publiques et disponibles pour tous, les années 80 et le début de la diffusion massive de l’informatique verrouillent le secteur en rendant l’usage des logiciels toujours plus restrictif. Un chercheur en informatique étasunien, Richard Stallman, formalise alors les libertés qu’il considère comme essentielles pour un programme informatique :
- la liberté d’utiliser le programme ;
- la liberté de diffuser (gratuitement ou non) une copie du programme ;
- la liberté de modifier le programme (et donc de savoir comment il fonctionne) ;
- la liberté de redistribuer les modifications du programme.
Ces libertés ont de nombreuses implications. Elles garantissent aux utilisateurs de logiciels libres une confiance dans le programme (puisqu’on peut savoir comment il fonctionne), une pérennité (n’importe qui peut améliorer le programme même si son auteur original l’a abandonné), et créent une sorte de « propriété collective » sur ces programmes.
En plus d’inventer la notion de « logiciel libre », Stallman propose un moyen légal pour asseoir ces libertés : l’utilisation d’une licence, sorte de contrat entre l’auteur d’une œuvre et son utilisateur, qui s’appuie sur le droit d’auteur pour proposer ces libertés, par un habille détournement.
Enfin, il va initier un projet d’ampleur : ré-écrire l’ensemble des programmes informatiques existants pour en avoir une version libre, afin que quiconque puisse utiliser son ordinateur librement. En vingt-cinq ans, son objectif est accompli avec les distributions GNU/Linux qui proposent un système informatique libre complet. Et d’ailleurs ce journal est un exemple de ce qu’il est possible de réaliser avec des logiciels libres !
Mais l’idée ne s’est pas cantonnée à l’informatique. Elle a séduit dans d’autres domaines, et a ainsi donné naissance au projet Wikipédia, à de nombreuses créations artistiques (musicales, littéraires), mais aussi à ce journal, qui sont tous disponibles selon les termes d’une licence qui offre ces mêmes libertés, et ont ainsi donné naissance à la « culture libre ».
Florian
- Licence Art Libre : http://artlibre.org/
- Framasoft, annuaire de logiciels libres : http://framasoft.net/
- Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/ (lire aussi http://fr.wikipedia.org/wiki/Culture_libre/)
- À Toulouse, l’association Toulibre propose de l’aide à ceux qui veulent découvrir les logiciels libres : http://toulibre.org/



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