Jeudi 10 septembre, Valérie Pécresse, la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, est venue à Toulouse pour présenter le plan Toulouse Campus et inaugurer les nouveaux locaux de l’ENSIACET. Dans la suite du mouvement universitaire du printemps, un petit rassemblement de contestation a été organisé devant l’ENSIACET. Pourquoi ?
L’inauguration de l’ENSIACET, école d’ingénieur en chimie dont les anciens locaux avaient été dégradés lors de l’explosion d’AZF, a servi de prétexte à Valérie Pécresse pour présenter les moyens qu’elle voulait mettre en œuvre pour rénover les locaux universitaires à Toulouse. Si les locaux de l’ENSIACET ont été payés par l’assurance d’AZF, et non par le ministère, qu’en est-il des rénovations annoncées par la ministre ?
Le plan Campus est une promesse de Valérie Pécresse, faite lors du mouvement universitaire de l’automne 2007. Les fonds nécessaires au plan sont issus de la privatisation de 3% du capital d’EDF, placés en bourse, et dont les intérêts serviront au financement du plan. Outre le fait que privatiser un service public pour en financer un autre n’est qu’un pas de plus vers la privatisation globale des services publics, placer en bourse un tel budget peut paraître aventureux. Et c’est le cas : la crise financière de 2008 a forcé le gouvernement à revoir ses promesses à la baisse (de 5 milliards d’euros à 3,74).
De plus, les budgets promis restent bien insuffisants pour une rénovation de l’ensemble du parc universitaire, qui est en piteux état. Au lieu de chercher des fonds publics pour continuer à assurer l’égalité nationale de l’enseignement supérieur, le ministère a décidé de privilégier par une sorte de concours douze campus « d’excellence », pour leur donner une « visibilité internationale ». Et les autres universités ? Rien. Qu’importe l’état de leurs campus, qu’importe l’accès universel au savoir, seules les universités qui ont des chances de figurer en bonne place dans les classements internationaux seront aidés. Et cet élitisme va plus loin : la candidature de Toulouse prévoyait à l’origine des travaux sur les trois facs. Mais le ministère a rapidement écarté l’université du Mirail (avant de lui accorder quand même quelques fonds vu l’état du campus). Ainsi, aux yeux du ministère, l’enseignement supérieur devrait fonctionner à deux vitesses, entre les universités « rayonnante » (rentables ?) et les autres.
Mais les budgets promis n’iront pas dans les caisses des universités. Suivant la logique actuelle de privatisation, les 527 millions d’euros attribués à Toulouse vont être placés en banque (pour le grand bonheur de celles-ci), et pendant 25 ans, seuls les intérêts de ce capital seront utilisables par le PRES de Toulouse (pôle de recherche et d’enseignement supérieur). Mais pour quelle utilisation_? Les rénovations et constructions prévues dans le plan Campus devront se faire sous la forme de partenariats public-privé (PPP, défini dans la loi LOPSI de 2002). Ces partenariats consistent à laisser l’investissement et la gestion des bâtiments à une entreprise privée, pour que l’université les loue ensuite… avec l’argent du plan Campus. Ce qui revient évidemment plus cher pour l’université sur le long terme.
Ainsi, sous couvert de rénovation des universités, le plan Campus n’est qu’une importante opération financière de transfert de capital vers le privé, dans la droite ligne de la politique néo-libérale actuelle.
Florian



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