Le mou­ve­ment con­tre la LRU de 2009 s’est cons­truit de dif­fé­ren­tes maniè­res selon les uni­ver­si­tés. Nous déve­lop­pe­rons dans nos colon­nes leurs spé­ci­fi­ci­tés, mais afin de com­pren­dre cel­les de l’Uni­ver­sité Paul Saba­tier, voici au préa­la­ble l’his­to­ri­que de la mobi­li­sa­tion du “cam­pus science”.

Jan­vier 2009
Le ton de con­tes­ta­tion géné­rale, avec l’appro­che de la jour­née de mani­fes­ta­tion inter­pro­fes­sion­nelle du 29 jan­vier, se tra­duit dans les uni­ver­si­tés par le mécon­ten­te­ment des ensei­gnants cher­cheurs vis à vis du décret de la LRU con­cer­nant leurs sta­tuts. La pre­mière assem­blée géné­rale à Paul Saba­tier a lieu le 22 jan­vier et entraîne la créa­tion d’un comité de lutte pour mobi­li­ser les étu­diants dans l’opti­que du 29. À Tou­louse, la mani­fes­ta­tion a regroupé 70 000 per­son­nes.

Février 2009
Au len­de­main du 29 jan­vier, con­ti­nuer la grève paraît une évi­dence, chez les per­son­nels comme chez les étu­diants. Le 4 février, la pre­mière assem­blée géné­rale com­mune vote à près de 600 per­son­nes une pla­te­forme de reven­di­ca­tions com­mu­nes, et impulse la mani­fes­ta­tion du 5 février, qui réu­nira à Tou­louse 6 000 per­son­nes, rien que pour le mou­ve­ment uni­ver­si­taire. Rapi­de­ment, la mobi­li­sa­tion pro­gresse. Un nom­bre assez impor­tant d’ensei­gnants cher­cheurs font grève de leurs cours, ou vont les faire place du Capi­tole. Le 12 février, pre­mière action : la route de Nar­bonne est détour­née, les auto­mo­bi­lis­tes doi­vent pas­ser à l’inté­rieur du cam­pus. Pen­dant les vacan­ces du Mirail et de cer­tai­nes filiè­res de Paul Saba­tier, la mani­fes­ta­tion du 19 février par­vient à réu­nir 2 500 gré­vis­tes de Paul Saba­tier. Et le 25 février, lors du réfé­ren­dum orga­nisé par les per­son­nels, la grève est votée à 80%.

Mars 2009
Après trois semai­nes de grève sans aucune avan­cée sur les reven­di­ca­tions, les ensei­gnants cher­cheurs gré­vis­tes repren­nent les cours, ne sachant pas com­ment faire avan­cer la mobi­li­sa­tion. Le ven­dredi 6 mars, l’AG étu­diante vote le blo­cage des bâti­ments pour le mardi sui­vant. Un blo­cage sym­bo­li­que, avec séques­tra­tion des vigi­les pour évi­ter qu’ils n’ouvrent les bâti­ments avant 9 heu­res, per­met de réu­nir une AG de 800 per­son­nes, qui recon­duit la grève et le blo­cage. Les AG devien­nent plus mas­si­ves, les ensei­gnants cher­cheurs revien­nent dans la mobi­li­sa­tion. Le point d’orgue des mani­fes­ta­tions sur­vient le 19 mars, où la mani­fes­ta­tion  inter­pro­fes­sion­nelle natio­nale réu­nie 110 000 per­son­nes à Tou­louse. Après deux semai­nes de blo­cage, pour faire reve­nir les étu­diants sur le cam­pus, l’AG décide de met­tre en place un sys­tème de blo­cage par­tiel (cours le matin, grève l’après-midi). L’admi­nis­tra­tion en pro­fite pour ten­ter de met­tre fin à la grève, aussi l’AG du 26 mars revote le blo­cage.


Avril 2009
Pour le pre­mier avril, l’admi­nis­tra­tion orga­nise un réfé­ren­dum, qui se solde par un taux de par­ti­ci­pa­tion fai­ble et sem­bla­ble à ceux des AG, et qui vote pour la pour­suite du mou­ve­ment et l’arrêt du blo­cage. Il est con­si­déré comme illé­gi­time par l’AG, qui main­tient le blo­cage jusqu’aux vacan­ces. Pen­dant les vacan­ces, la mobi­li­sa­tion con­ti­nue avec des actions de sen­si­bi­li­sa­tion. À la ren­trée, l’AG décide d’occu­per le bâti­ment admi­nis­tra­tif et la salle du con­seil, pour tenir une assem­blée d’occu­pa­tion: avec la par­ti­ci­pa­tion de la pré­si­dence, sur la ques­tion des exa­mens…et sans réponse. Le lundi 27 avril, le blo­cage est revoté. Mais un impor­tant dis­po­si­tif de vigi­les pri­vés est pré­sent sur le cam­pus pen­dant toute la nuit, et les mem­bres de l’admi­nis­tra­tion vien­nent le soir affron­ter ver­ba­le­ment les gré­vis­tes, pro­vo­quant éner­ve­ment et ten­sions qui se sol­de­ront par un inci­dent. Le len­de­main, la police fait des con­trô­les d’iden­tité sur le cam­pus. La mobi­li­sa­tion dure jusqu’au pre­mier mai, mais avec les cours qui repren­nent et les exa­mens qui appro­chent, les mili­tants repren­nent leurs étu­des.

À l’uni­ver­sité Paul Saba­tier, comme dans bien d’autres uni­ver­si­tés, le mou­ve­ment de 2009 con­tre la LRU a été très long, très fort, et a mobi­lisé bien plus de monde qu’en 2007. Une dyna­mi­que de con­ver­gence s’est impul­sée, tant sur le cam­pus avec les per­son­nels ensei­gnants, cher­cheurs ou BIA­TOSS, qu’avec les autres sec­teurs en lutte ce prin­temps. C’est pro­ba­ble­ment cette dyna­mi­que qui cons­truit la force de ce mou­ve­ment, mais l’absence de réelle coor­di­na­tion natio­nale et la cris­pa­tion de la com­mu­nauté uni­ver­si­taire sur la ques­tion des exa­mens l’ont empê­ché d’être vic­to­rieux. Cepen­dant, le malaise pro­vo­qué par les réfor­mes reste bien pré­sent, et une part impor­tante de la com­mu­nauté uni­ver­si­taire ne s’estime abso­lu­ment pas satis­faite… et est prête à con­ti­nuer l’an pro­chain.