Bilans/revendications/perspectives :
Le constat inévitable de la lutte menée cette année est que, malgré les avancées qu’a connues le mouvement en soi (et que je ne traiterai pas ici), nous n’avons rien obtenu nationalement sur nos revendications. On ne peut négliger dans cette situation l’importance de la casse du mouvement au niveau national, d’abord par le chantage aux examens, et ensuite par l’intervention régulière des forces de l’ordre, là où les examens ne suffisaient pas pour abandonner le mouvement. Mais à nous également de nous poser la question de nos modalités de lutte apparemment dépassées cette année par la politique du gouvernement.
Voilà pourquoi ce bilan était inévitable… En outre, étant donné qu’aucune réponse n’a été apportée face aux mouvements étudiants, il est évident qu’à la rentrée, la lutte va reprendre à tous les niveaux et plus encore en raison des mesures inacceptables que ne manquera pas de prendre le gouvernement, conformément aux objectifs fixés à Bologne. Mais bien sûr il s’agit de gagner cette fois, voilà encore pourquoi à l’issue de cette année, il faut s’interroger sur notre lutte: autant la reprendre en conscience.
Pour revenir sur les débuts de la grève, celle menée contre le décret d’enseignants-chercheurs a commencé par être une grève corporatiste, même si elle a été très mobilisatrice au niveau des profs. Par la suite, l’union entre profs/personnels et étudiants s’est développée petit à petit. Parmi les problèmes rencontrés dans cette union il faut signaler que, sauf quelques exceptions, les personnels sont souvent oubliés, et que, sauf exceptions encore… c’est sans cesse aux étudiants d’aller vers les profs. Cependant, c’est la première fois que les profs se mettaient en grève depuis longtemps ; et les prémices d’une telle union sont historiques également; autrement dit ce n’est qu’un début, mais c’est déjà encourageant.
Un autre aspect important de la grève de cette année a été la problématique récurrente des piquets durs. Ils ont bien évidemment été mal perçus par les profs, et par une partie des étudiants qui n’ont plus pris la peine de venir sur le campus après leur installation.
Plus généralement, les modalités de lutte sont à discuter puisque la validation du semestre obtenue est largement problématique, et que la massification du mouvement reste insuffisante. Le problème étant toujours que si les profs ne cherchent pas de solutions alternatives à la grève active (faire grève en faisant cours), les cours se tiennent et le temps de préparation des actions militantes manque. Les piquets resteraient donc dans l’absolu le moyen le plus efficace dégager ce temps nécessaire à la lutte.
Reste donc la question de la massification insuffisante de la lutte, ne serait-ce qu’en comparaison avec le mouvement contre le CPE. Cela est sûrement lié à deux données :
- les revendications qui, peut être, ne touchent pas suffisamment les étudiants pour qu’ils se joignent au mouvement
- les modalités de lutte adoptées par les étudiants mobilisés qui rebutent apparemment une bonne partie des étudiants.
En ce qui concerne les revendications, la LRU, voire même le processus de Bologne, doit rester une priorité. Cependant, il faut décortiquer plus précisément les textes et cibler plus particulièrement les mesures qui, dans le cadre de la LRU ou dans le reste de la politique du gouvernement, concernent directement les étudiants et les mobilisent individuellement.
Il nous faut aussi remettre en cause véritablement l’université telle qu’on la connaît actuellement, et tenter d’élaborer des projets concrets dans cette optique. La Maison Des Etudiants du Mirail et le journal alternatif sont des embryons d’un tel projet, et des espaces de travail collectif à développer. Enfin il a été dit plusieurs fois que les militants devaient mieux expliquer le vocabulaire; et soigner quelques détails du genre pour intégrer plus facilement les personnes motivées. Pour ce qui est des moyens d’action, on trouve déjà quelques perspectives dans les mesures proposées ci-dessus; mais une véritable réflexion individuelle et collective reste fondamentale pour avancer à ce stade de la lutte. Cette réflexion doit à la fois porter sur l’échelle localeet sur l’échelle nationale; puisque seul un mouvement véritablement massif nous permettra d’obtenir nos revendications. On peut déjà établir le constat suivant sur nos actions: il y a une scission profonde au Mirail sur la question des piquets. A l’échelle nationale, on observe que, jusqu’à la question des exams, les grandes dates interpro sont presque nos seules opportunités de médiatisation du mouvement.
Plusieurs pistes de réflexion se dégagent de ces constats :
- la question de l’intensification du travail interfac,
- celle de l’intensification de la dimension interprofessionnelle de la lutte,
- la question de la radicalité du mouvement, qui a été infime cette année et dont les perspectives restent problématiques.
Le bilan a aussi établi une remise en cause des formes actuelles du mouvement, et en particulier des organes de la lutte et des espaces de débats : avec ses points « bilan » et « info réformes » l’Assemblée Générales (AG) apparaît comme un outil de diffusion de l’information. Mais l’AG est surtout le seul organe décisionnel de la lutte à l’échelle du Mirail. Seulement,certains s’interrogent sur la réalité des débats d’AG, menés par des personnes qui ont déjà une position bien définie, et sur lesquels les autres membres de l’AG doivent se positionner en 4h dans le meilleur des cas. D’autres pensent que tant qu’il y a exposition de différents points de vue, le débat est réel, et que les étudiants sont suffisamment réactifs pour décider en conscience. Mais, le problème majeur reste que si nous pouvons être jusqu’à 2000 en AG, nous sommes 200 à nous relayer en comité de lutte. Or, il faudrait que chacun prenne ses responsabilités et s’implique dans l’application de ses votes. Sur une lutte quotidienne, l’argument du salariat étudiant n’étant pas suffisant pour justifier une telle situation, le débat est ouvert sur cet outil que sont les AG. Une proposition a été faite de constituer des ” AG de lutte “, cette alternative a suscité un débat qui n’est toujours pas clos. L’intérêt de ces AG serait que les différentes positions face à la grève apparaissent clairement. Un développement de cette proposition s’impose : les étudiants de la majorité silencieuse, qui viendraient uniquement assister aux débats d’AG, ne viendraient peut être pas assister à des AG d’étudiants grévistes. En effet, les AG seraient un espace de discussions beaucoup plus politisées, et peut être moins rhétoriques. L’intérêt serait aussi que les étudiants qui sont convaincus de la nécessité de la lutte mais ne s’y impliquent pas au quotidien se reconnaîtraient sans doute dans ces AG ; il serait à ce moment plus aisé de les responsabiliser dans leur rôle de militants puisqu’ils se définiraient clairement comme des étudiants grévistes. Enfin, les étudiants non-grévistes ne resteraient sans doute pas indifférents à une telle situation et prendraient peut être le temps de tenir leurs propres AG; le débat entre les uns et les autres, s’il avait lieu, serait tenu dans de meilleures conditions puisqu’il n’impliquerait pas de combat rhétorique qui s’oppose à une véritable discussion.
Dans de telles circonstances enfin, les militants seraient forcés de travailler différemment sur la communication avec les autres étudiants, ce qui semble être encore un plus si l’on envisage le caractère problématique de cet aspect de la lutte. Bien sûr tout cela serait à préciser et à réfléchir concrètement, mais le débat à ce sujet ne s’est pas encore détaché de la crainte des dérives que pourraient comporter ces AG de lutte.
Le deuxième problème qui s’est posé cette année concerne le comité de lutte. En effet, en l’état actuel des choses, le comité de lutte est avant tout un organe d’application des décisions d’AG. Il a été voté aussi qu’il s’agissait d’un organe propositionnel, mais la concrétisation de ce statut est restée délicate. En fait, il faut envisager deux problèmes : les membres du comité de lutte non-syndiqués n’ont pas de meilleure occasion de parler de politique du mouvement et de se forger une opinion; mais certains craignent que cette possibilité de débat engendre pour les AG une sorte d’avant-garde militante évidemment problématique. Il s’agit donc pour l’an prochain de réfléchir à une autre structuration du mouvement pour satisfaire toutes les exigences de la lutte que nous menons : une lutte qui nécessite forcément des espaces de réflexion, des organes décisionnels, et des outils d’application concrets.
Réflexions sur la répression :
La répression policière est intervenue sur le mouvement lorsqu’il a été affaibli nationalement et/ou localement par la politique de mépris des dirigeants.
La présence policière sur la fac a été reçue de deux façons très différentes par les universitaires : soit avec indifférence, soit avec hostilité.
Quoi qu’il en soit, nous devrons établir plus clairement la gestion de cette répression qui risque fort d’être d’actualité maintenant.
Voilà un bilan sacrément exhaustif de ce qui a pu être dit mercredi. Cependant, c’était important de faire part de ces réflexions à ceux qui n’ont pas assisté à la réunion. Il faut enfin rappeler que certainement, des « verrous » seront mis en place pour empêcher les futures mobilisations, et que les perspectives débattues sont soumises à de multiples aléas qu’on ne pourra négliger.
Marie



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